18/05/2026

Taiwan Today

Taiwan aujourd'hui

La loi fondamentale, des problèmes de base

01/05/1990
Joseph Chen La forêt de tours et d'immeubles de Central District et Wanchai dans l'île Victoria.

La répression sanglante à Pékin des manifestations estudiantines par les forces communistes chinoises l'an der­nier a détruit tous les espoirs d'avenir de la population hongkongaise quand le ter­ritoire passera sous la juridiction du régime communiste en juillet 1997.

Selon un sondage au début de 1989, 75% des sondés gardait quelque confiance en l'avenir de Hongkong. Au mois d'avril suivant, cette proportion de sondés était déjà tombée à 60%; et après la promulgation de la loi martiale à Pékin le 20 mai (mais avant le massacre du 4 juin), elle n'était plus que de 52%! Or justement, selon des In­dustries de Hongkong, tout changement dans la situation politique en Chine continentale influence directement la confiance des industriels en l'avenir de Hongkong. En conséquence, les perspec­tives d'investissements deviennent beaucoup plus à court terme à mesure que la confiance s'estompe. Dans ces cir­constances, peu de gens attachent de l'importance à fondamentale (Basic Law) qui a été rédigée par une commission ad hoc. Et M. Martin Lee Chu-ming, un des leaders du mouve­ment démocratique de Hongkong, expri­mant déjà beaucoup de doutes sur cette loi, a proposé une révision de ­tion commune sino-britannique de 1984 (DCSB/SBJD) qui est en fait le point de départ des arrangements concernant l'avenir de la colonie britannique.

Devant la panique, des Hongkongais se sont carrément lancé dans diverses propositions, acheter des îles du Paci­fique du Sud, placer Hongkong sous la protection ou un mandat de l'ONU, faire de Hongkong un territoire indépendant, rechercher une adhésion particulière au Commonwealth britannique des Nations et bien d'autres choses encore. Mais aucune ne pourra se réaliser. Selon un autre sondage organisé récemment par le South China Morning Post, les habitants de Hongkong préfèrent de loin une sorte d'indépendance du territoire au statut fatal que sera la « Région administrative spéciale » (RAS) sous la souveraineté de Pékin. En clair, on met immédiate­ment en doute la prétendue politique d'« un pays, deux systèmes».

Après l'incident de Tienanmen, les documents du Parti communiste chinois (PCC) qui circulaient en haut lieu pré­voyaient tous, selon les vœux des diri­geants communistes, le maintien de la politique de la « porte ouverte» et des réformes dans le domaine économique, même s'ils entendent réimposer la ligne politique marxiste-léniniste conserva­trice. Il y a évidemment une certaine contradiction dans ces deux formules.

Après la restauralion du calme au moins relatif à Pékin sur le plan poli­tique, le régime s'est à nouveau tourné vers Hongkong. Sa première réaction fut d'en critiquer âprement les publications individuelles et les masse-médias comme en témoignent les articles parus dans le Quotidien du Peuple de Pékin et autres publications qui font autorité en la matière. Puis survint la séquestration de M. Lee Cheuk-yan, représentant de l'Al­liance hongkongaise pour le soutien du mouvement patriotique et démocratique en Chine, lequel eut la malchance d'être autorisé à se rendre à Pékin.

Au début juin 1989, les médias prin­cipaux et officiels de Pékin avaient com­mencé à attaquer les soi-disant tentatives d'utiliser Hongkong comme « base contre-révolutionnaire » contre après le « maire» de Pékin, Tchen Hi-tong [Chen Xitong], dans son rapport sur la répression des manifesta­tions estudiantines au Comité permanent de l'Assemblée nationale populaire (ANP) , dénonça violemment la presse de Hongkong relatant l'incident de Tienanmen comme une évidence de sa collusion avec les influences négatives étrangères conspirant à rendre [continentale] à un réduit du capital monopoliste international.

Le 11 juillet, lors de sa rencontre avec les personnalités dirigeantes de de rédaction de fondamentale (CRLFIBLDC) et de consultative de fon­damentale (CCLFI BLCC) , le nouveau secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC), Kiang Tse-min [Jiang Zemin], avertit que Hongkong devait se tenir à l'écart des affaires intérieures de [continentale]. Il ajoutait que « conformément au principe « un pays, deux systèmes », [continentale] mettait en pratique le socialisme, alors que Hongkong appliquait le capitalisme; ainsi, les eaux du puits ne pouvaient se confondre avec celles de la rivière. » La déclaration de Kiang Tse-min et les commentaires relatifs à la colonie britannique des autres responsables des affaires de Hongkong cherchent tous à garantir le main­tien de la stabilité et de la prospérité de l'enclave britannique et à en avertir la population de s'abstenir d'actes qui pour­raient menacer le régime communiste chinois. Cependant les soupçons de Pékin ne sont pas du tout fondés. Bien que la vaste majorité de la population hongkongaise soit braquée contre le régime de Pékin et clame plus fortement ses idées en privé ou à travers les médias, elle n'a aucune intention d'en­ treprendre une action quelconque contre le régime en place à Pékin.

Le secrétaire général du Parti com­muniste chinois annonça également que la loi serait promulguée comme prévu au printemps 1990 à la troisième session plénière de la VIIe Assemblée nationale populaire, et le Comité permanent de cet organisme décida alors de proroger la période de consultation de trois mois jusqu'à la fin octobre 1989. Mais ce fut une grande déception pour les habitants de Hongkong, car on entrevoyait déjà la réticence de Pékin à faire les révisions conséquentes dans le projet de fon­damentale publié en février 1989.

Les propos de Kiang Tse-min sur la formule « un pays, deux systèmes », en revanche, a provoqué une très grande in­quiétude parmi la population de Hong­kong, en particulier chez les intellectuels. En effet, Mao Tse-tong lui-même avait bien remarqué que la révolution ne pou­vait s'exporter; sur ce point, les diri­geants communistes chinois actuels et la communauté de Hongkong étaient tous parfaitement d'accord. Alors, le vieil adage chinois que les eaux du puits ne se mêlent pas avec celles de la rivière est une analogie qui convient en la matière. Hongkong en tant qu'eaux du puits ne saurait altérer la pureté des eaux de la ri­vière. Mais si la rivière déborde, les eaux du puits seront en revanche souillées!

fondamentale a été certes adoptée par l'Assemblée nationale popu­laire le 5 avril 1990 en dépit de toutes les appréhensions qu’elle a soulevées. Mais la population de Hongkong possède un trésor dans l'autorité du droit qui est un pilier important pour la stabilité et la prospérité. Si cette population, hormis le respect des lois locales, est obligée d'exé­cuter diverses formes de restriction en vertu des directives ou des déclarations de Pékin, alors l'autorité du droit risque nettement de s'éroder, et la population de rencontrer de sérieuses difficultés à maintenir son propre mode de vie.

La liberté d'expression et de presse a une longue histoire à Hongkong, et la population attend beaucoup de ces droits et souhaite les conserver. Jusqu'à ce jour, ils ont toujours pu débattre en toute liberté des problèmes de continentale et leurs commentaires ont eu une influence remarquable sur l'opinion publique internationale, notam­ment chez les communautés chinoises d'outre-mer. En même temps, le repor­tage des nouvelles du monde par les médias de Hongkong a affaibli le contrôle de l'information destinée aux Chinois continentaux par les autorités communistes chinoises. Les émissions de radio et de télévision de Hongkong peuvent être captées dans presque toute l'étendue de la province limitrophe du Kouangtong, et l'intelligentsia des prin­cipales villes de Chine continentale a accès aux publications de Hongkong. Pour le moment, du moins, les autorités communistes chinoises ont accepté ce prix pour le maintien de la stabilité de Hongkong.

En juin et juillet derniers, les masse­ médias officiels de Chine continentale se sont mis à critiquer les activités de l'Al­liance hongkongaise pour le soutien du mouvement patriotique et démocratique en Chine (AHSMPDC). Le 21 juillet, un article signé du Quotidien du Peuple critiquait nommément les leaders de l'Al­liance, MM. Szeto Wah et Martin Lee Chu-ming. Les accusations ont provoqué beaucoup d'émois dans la colonie britan­nique. Les personnalités pro-Pékin et celles en faveur du statut politique, comme M. Allen Lee Peng-fei, membre du Conseil législatif (Legco), en appe­lèrent tous à la population de ne pas cher­cher querelle à Pékin.

Les attaques du Quotidien du Peuple étaient dirigées contre les masse-médias hongkongais. Elles ont jeté un froid ayant un effet dissuasif parmi le public. Ce fut un grand revers pour le mouve­ment prodémocratique qui cherchait à former un parti politique. Mais la menace de Pékin a surtout endommagé la confiance des Hongkongais en l'avenir du territoire, et même dans les espoirs de fondamentale.

Après le massacre de Pékin, de sé­rieux clivages surgirent dans la commu­nauté hongkongaise à propos de l'avenir du territoire. Auparavant, la population avait dans l'ensemble accepté ­tion commune sino-britannique et n'exprimait que des inquiétudes sur son respect. Mais pour beaucoup, l'incident de Tienanmen a réduit le document à un inutile parchemin.

Alors que beaucoup de gens ressen­tent maintenant l'inutilité de discuter fondamentale, une large tranche de la population a également retiré sa confiance au gouvernement britannique, notamment lorsqu'il a rejeté le « droit de résidence » aux 3 ,28 millions de dé­tenteurs du passeport des « citoyens d'un territoire sous administration bri­tannique (CTABIBDTC) ». Cela a eu à son tour un impact négatif sur la légiti­mité de l'administration britannique à Hongkong. Certains leaders sociaux, des universitaires et d'autres, surtout ceux impliqués dans le mouvement prodémo­cratique, ont refusé de garder le contact avec les organes chinoissis dans la colonie ou d'engager des échanges for­mels avec les autorités communistes chinoises.

Des membres de l'establishment, les hommes d'affaires et quelques personna­lités politiques de Hongkong croient tou­jours que commune sino­britannique doit être soutenue. Selon eux, il faut s'intéresser à fonda­mentale et aux discussions y afférentes avec sérieux pour que l'administration britannique, dans la période de transi­tion, soit forte d'un bon appui et que tous les contacts avec Pékin à tous les ni­veaux soient maintenus. Une si profonde divergence d'opinions convainc difficile­ment les habitants à débattre fondamentale et à rechercher un consensus qui pourrait offrir quelque légitimité.

Deux des vingt-trois membres de de rédaction de fon­damentale, M. Louis Cha Leung-yung et l'évêque Peter Kwong Kwong-kit, ont formellement démissionné peu après le massacre de Pékin, tandis que MM. Martin Lee Chu-ming et Szeto Wah indiquaient qu'ils mettaient fin à leur participation jusqu'à ce que la direc­tion actuelle du régime communiste chinois ait changé. Pékin a réagi en reti­rant tout mandat à ces deux dernières personnes dans la commission, et la re­présentativité de Hongkong dans cette même commission s'est ainsi affaiblie. Aujourd'hui, elle a complètement perdu toute confiance de la population hong­kongaise. Il y a eu aussi des défections dans la commission consultative de fondamentale, mais elles ont moins attiré l'attention puisque cet organisme n'est pas une composante aussi active pour l'opinion publique.

Pour ranimer l'intérêt de la popula­tion hongkongaise à fondamen­tale, les autorités de Pékin auraient dû en réorganiser la commission de rédac­tion et en renforcer la représentativité, promettre une révision du projet de ladite loi pour dissiper les appréhensions de la colonie soulevées après les troubles politiques de Chine continentale, prolon­ger la période de consultation et retarder la promulgation de fondamentale. La proposition d'un référendum du document aurait pu également être envi­sagée. On admettra que ce sont des de­mandes assez idéalistes peu concor­dantes aux réalités politiques de continentale. Mais l'attitude de Pékin n'aidera certainement pas à rétablir la confiance.

Les troubles politiques de Chine continentale ont beaucoup fait pour que les habitants de la colonie britannique ap­précient mieux la démocratie. Pour se désengager progressivement du terri­toire, Londres et les pouvoirs publics bri­tanniques locaux ont démontré de fortes intentions pour une accélération de la dé­mocratisation. En mai 1989, les Conseils exécutif (Exco) et législatif (Legco) par­venaient à un consensus en faveur d'une élection directe au suffrage universel du chef de l'exécutif et de tous les sièges d'une assemblée législative d'ici 2003 et ont décidé que la moitié des membres d'une telle assemblée serait élue directe­ment au suffrage universel d'ici 1997. Les responsables en place du gouverne­ment de Hongkong ont inversé leur posi­tion en indiquant que le nombre des membres directement élus au Conseil législatif (Legco) serait aug­menté dès 1991 de dix à vingt.

Le rapport de aux Af­faires étrangères de des Communes britannique publié en fin juin 1989 proposait assez audacieuse­ment que la moitié des membres du Legco pourrait être élue d'ici 1991 et que tous les membres du même Legco pourrait l'être d'ici 1995. Cette proposi­tion fut ratifiée par com­mure pour la promotion du gouverne­ment démocratique, une organisation rassemblant divers groupes dans le mou­vement prodémocratique. Celle-ci a éga­lement demandé un arrangement « direct» : que les membres du Legco élus en 1995 deviennent ipso facto les membres de la première législature de la « Région administrative spéciale » de Hongkong et que le chef de l'exécutif soit directement élu au suffrage universel.

Au cours de ces deux dernières années, le système politique de la future « Région administrative spéciale » de Hongkong a été un sujet de controverse entre le mouvement prodémocratique et le milieu des affaires plus conservateur. Ce dernier a vite reçu le soutien de Pékin, et à la fin 1985, succombant à la pression des autorités de Pékin, l'admi­nistration britannique locale avait finale­ment accepté de « se conformer» à fondamentale.

Mais le massacre de Pékin a tout remis en question. La population locale (comme le montrent plusieurs sondages d'opinion) et Londres se sont engagés dans une accélération de la démocratisa­tion alors que le milieu des affaires conservateur revêtait un profil assez bas de mai à juillet 1989. Néanmoins, la posi­tion de Pékin demeure le facteur déter­minant, et le gouvernement Thatcher l'a fort bien compris. Quand le secrétaire des Affaires étrangères d'alors, Sir Geof­ frey Howe, se rendit à Hongkong au début de juillet 1989, il évita soigneuse­ment de faire des promesses à propos d'une évolution vers un gouvernement représentatif et surtout de son accéléra­tion. Il parla de la commune expression de l'Exco et du Legco et manifesta son intention d'y prêter attention.

Mais peu après la rencontre de Kiang Tse-min et des représentants des commissions de rédaction et consultative de fondamentale, des personnages politiques hongkongais procommunistes se mirent à proclamer que l'accélération de la démocratisation pourraient bien mener à une plus grande confrontation avec les autorités communistes chinoises après 1997.

Le 26 juillet 1989, les Conseils légi­slatif et exécutif du gouvernement de Hongkong ont adopté la proposition de l'administration britannique que 20 membres (soit un tiers) du Conseil lé­gislatif (Legco) seraient directement élus par la population en 1991. Selon le projet de fondamentale publié en février 1989, seuls 27% des sièges de la première législature de admi­nistrative spéciale de Hongkong seraient pourvus par les élections au suffrage uni­versel. En réponse, les hommes poli­tiques locaux pro-Pékin insinuaient que la demande d'un système politique plus démocratique que ne le prévoyait fondamentale était « naïve » et enga­geaient aussitôt une publicité tapageuse contre plus de démocratie.

En fait, les dirigeants communistes chinois n'ont accepté aucune concession ni autorisé la « Région administrative spéciale» de Hongkong d'avoir un sys­tème politique plus démocratique, non plus que le gouvernement britannique n'ait eu de position ferme pour maintenir un tel système politique à Hongkong. Les masse-médias chinois ont sévère­ment critiqué le mouvement prodémo­ cratique de Hongkong, et la stratégie de Pékin a nettement appuyé les milieux d'affaires qui regardent généralement avec méfiance les réformes politiques. Devant le désespoir politique grandissant de Hongkong, les communistes chinois n'avaient aucune raison de faire des concessions.

Londres chercherait donc quelque compensation pour les Hongkongais en leur accordant le « droit de résidence » au Royaume-Uni. Mais cette solution n'a guère de chance d'être soutenue longtemps. Et quand l'énervement se sera dissipé, il aura toujours l'excuse de ralentir l'allure de la démocratisation devant l'opposition de Pékin et des mi­lieux d'affaires locaux conservateurs. Après tout, le gouvernement Thatcher désire se retirer honorablement de Hongkong et est intéressé de poursuivre une coopération avec Pékin tant au sujet de Hongkong que dans ses relations bila­térales. La population de Hongkong est politiquement si impuissante qu'elle croit désormais assez futile de vouloir exercer quelque pression sur Pékin. En même temps, si elle souhaite vivement la démocratie, elle ne lui accorde plus autant d'importance et n'a plus l'inten­ tion de combattre pour elle.

Comme le gouvernement Thatcher a reculé dans l'application de la démocra­tie, l'administration britannique à Hong­kong pourrait bien perdre de sa légitimité ou de son autorité. Que le mouvement prodémocratique échoue dans son en­treprise, et ses dirigeants perdront alors toute crédibilité. L'establishment deviendra alors impopulaire pour avoir failli devant la pression de Pékin ou, pire, pour avoir été manipulé par Pékin. Il s'ensuivra un vide d'autorité à Hong­kong qui pourrait devenir très grave.

Au cours de la rédaction de fondamentale depuis 1985, il est prouvé avec une magnifique clarté que Pékin a exigé le dernier mot surtous les pro­blèmes cruciaux. Bien sûr, avec la publi­cation du projet de fondamentale en février 1989, des révisions ont été ap­portées à l'article 18 concernant l'applica­tion des lois nationales dans administrative spéciale de Hongkong et à l'article 19 concernant l'indépendance du pouvoir judiciaire et le dernier ressort de la juridiction de administra­tive spéciale de Hongkong. Ces révisions sont une réponse admirable aux réclama­tions de la population hongkongaise jusqu'à ce jour. Mais trois mois après le massacre de Pékin, on a bien vite réalisé que l'autonomie de adminis­trative spéciale de Hongkong trop parfai­tement définie dans le chapitre II du projet de fondamentale était inacceptable.     

C'est le stationnement de l'Armée populaire de libération (APL) à Hong­kong qui a vite inquiété la population de Hongkong à cause de son rôle dans le massacre de juin 1989. Naturellement, le rapprochement est symbolique puis­ qu'il ne lui faut même pas une heure pour franchir les frontières et occuper le centre urbain du territoire. Fort de son droit souverain de pouvoir le faire en vertu de fondamentale, Pékin a re­poussé toutes les suggestions qui cher­chaient à éviter le stationnement mili­taire à Hongkong. Une fois de plus, les dirigeants communistes chinois ont placé la condition de souveraineté au-dessus de toutes les sensibilités de la colonie britannique.

En réponse à la loi martiale et au coup militaire à Pékin, le rapport de aux Affaires étrangères du Parlement britannique faisait une men­tion particulière au dernier alinéa de l'article 18 du projet de fondamen­ tale qui stipule: « Au cas où le Comité per­manent de l'Assemblée nationale populaire décide de déclarer l'état de guerre ou, pour des raisons de troubles dans ad­ministrative spéciale de Hongkong qui dé­borde le contrôle de ladite région, décide que soit placée en état de siège, le Conseil d'Etat peut décréter l'application im­médiate des lois nationales qui s’y rappor­tent dans ladite région. » Le rapport de exprimant sa vive préoccu­pation devant l'ingérence du gouverne­ment central dans le domaine de la sécu­rité publique de administrative spéciale de Hongkong proposait que l'ar­ticle 18 soit convenablement amendé.

Les autorités communistes chinoises ont réaffirmé la bienvenue de tous les in­vestissements étrangers. La dette exté­rieure de continentale de 40 milliards de dollars américains est de­ venue un lourd fardeau, et son besoin d'aide financière et d'investissements de l'étranger est d'autant plus urgent. Les investisseurs ont alors le droit d'exiger des garanties pour un environnement sa­ tisfaisant à leurs capitaux. Aussi Pékin a-t-il accepté les demandes des investis­seurs étrangers ou de leur gouvernement et a promis de les remplir.

Les pays industrialisés, comme les Etats-Unis, le Japon, le Royaume-Uni et l'Allemagne fédérale, qui sont les princi­paux partenaires commerciaux de Hong­kong où ils possèdent également des in­térêts considérables pourraient, selon les vœux de la population de Hongkong, exiger que la définition d'un « environ­nement économique attractif » et un « climat salubre pour les investisse­ments » comprenne bien le maintien de l'autorité du droit, des libertés et des droits de l'homme actuellement en vigueur. Sur cette plate-forme, ces gouver­nements ou du moins leur chambre de commerce à Hongkong peuvent former un comité, envoyer une délégation à Pékin chaque année soumettre un rap­port de situation de 1'« environnement économique attractif» et du « climat sa­lubre pour les investissements» de administrative spéciale de Hong­kong. Par ce rapport, les investisseurs étrangers pourraient exprimer leurs préoccupations et proposer des mesures ou des améliorations.

Si les gouvernements occidentaux et le Japon pouvaient répondre favorable­ment aux efforts du gouvernement bri­tannique et des groupes hongkongais et promettre d'accepter les habitants de Hongkong en cas de répression violente dans administrative spéciale, des pressions pourraient être faites sur continentale. Ces gouvernements auront alors plus de raisons de se préoc­cuper de l'autorité du droit, des libertés et des droits de l'homme à Hongkong. Le Bill of Rights actuellement considéré par l'administration britannique est une mesure qui va dans ce sens, même si son impact reste limité puisqu'il deviendrait l'égal des autres lois dans le territoire à défaut d'en être la loi suprême.

Bien que les nouvelles de la fuite des cerveaux de Hongkong fassent ces der­niers temps les grands titres des jour­naux, ceux qui quitteront la colonie d'ici 1997 n'excéderont guère un million, plus vraisemblablement autour d'un demi-million, de personnes. En d'autres termes, plus de cinq millions de gens de­ vront rester à Hongkong. Du point de vue de la population hongkongaise, il faut soutenir commune sino-britannique, prendre au sérieux la rédaction de fondamentale, ap­puyer l'administration britannique pen­ dant la période de transition et maintenir à tous les niveaux les contacts avec les autorités communistes chinoises. Une étude publiée le 28 juillet 1989 dans le journal de Hongkong, Ming Pao, rappe­ lait que 55% des sondés croyaient que la participation à la rédaction de fon­damentale devait continuer, alors que 44% considéraient que cela n'aurait aucun effet sur le résultat.

La ligne politique actuelle des diri­geants communistes chinois est le main­tien de la politique de la porte ouverte et des réformes économiques tout en pour­ suivant une orientation politique plus conservatrice dans le marxisme­ léninisme. Les difficultés économiques aggravantes et la pénurie de devises étrangères les obligent à entretenir impé­ rieusement la stabilité et la prospérité de Hongkong. Iis possèdent de nombreux points communs avec les milieux d'af­faires de la colonie. Aussi, si la situation extérieure du territoire n'est pas boule­versée, l'économie de Hongkong n'en sera guère trop affectée.

Par ailleurs, le sentiment d'insécu­rité dans le régime communiste chinois qui s'est avivé de façon sans précédent s'accroît. Les trois manifestations de Hongkong avec la participation de plus de 1 million de personnes en mai-juin 1989, les nombreuses défections de per­sonnel des organismes de Chine conti­nentale à Hongkong, l'influence des masse-médias locaux sur la population chinoise continentale et le profil du régime communiste chinois à l'étranger sont autant de facteurs qui pourraient amener Pékin à intensifier son contrôle et son ingérence dans le territoire de Hongkong.

Cela signifierait que les libertés dont jouit encore la population de la colonie seraient bien restreintes « à la danse et aux courses de chevaux », selon les propres termes de Teng Siao-ping [Deng Xiaoping]. C'est pourquoi, l'espoir des habitants de la colonie de conserver le niveau de vie, les libertés et les droits de l'homme qu'ils possèdent aujourd'hui sous l'autorité du droit risque terrible­ment de s'amoindrir. La solution est de l'accepter ou de partir. Malheureuse­ment, près de cinq millions de personnes n'ont même pas l'option d'émigrer.

Cette analyse de la situation n'a déli­bérément pas pris en compte les modifi­cations encore hypothétiques de la scène politique du régime de Pékin. La plupart des habitants de Hongkong s'attendent à une période chaotique qui balaierait toute continentale à la mort de Teng Siao-ping, mais si Hongkong pourra survivre à une telle crise reste hypothétique. ■

D'après Joseph Cheng Yu-shek,
Doyen de la faculté des Lettres et Humanités à l'Open Learning Institute de Hongkong.

[NDLR : Dans ce texte, les termes Chille. chillois et l'élément sillo- font tous référence au régime installé à Pékin, à l'exclusion de de Chine, quand il n'est point signalé autrement. - Pour servir de référence aux lecteurs français, les noms des personnalités communistes sont accompagnées, à leur première mention dans le texte, de leur trans­cription en usage dans la presse française.]

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